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QU'EST CE QUE LA COLONISATION A APPORTER A L'AFRIQUE? EST CE LA FAUTE DE LA COLONISATION QUE L'AFRIQUE SE TROUVE EN DEBANDADE OU CE LA FAUTE DU NEO-COLONIALISME?


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Tags: africaine, afrique, colonisation

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Voici un article tres important que j'ai trouve sur google, http://www.interfrancophonies.org/regards.pdf: Lisez et proposer vos idees par rapport a ce sujet capital pour le development d'une identite purement africaine:

http://www.interfrancophonies.org/regards.pdf

Regards sur la colonisation de l’Afrique et du Congo
à la mémoire de ma cousine, le Dr Marie-Hélène WEBER-CHEIKH (1939-2000),
agent de la coopération luxembourgeoise, décédée dans l’exercice de sa profession à Dakar (Sénégal)
Plus de trente ans après les indépendances des anciennes colonies d’Afrique 1, les voiles commencent à se
lever sur cette période honteuse pour un certain nombre de pays européens face au continent noir. Nos
trois voisins, à des titres divers, y ont joué un rôle déterminant, parfois inversement proportionnel à leur
taille géographique, comme la Belgique. Plusieurs manifestations culturelles viennent d’avoir lieu à ce
sujet en Luxembourg et suscitent la présente réflexion. .
Le colonialisme, ses légitimations, ses injustices et ses ambiguïtés
Que le colonialisme soit un vilain penchant, personne, ou presque, n'en doute plus aujourd'hui.
Selon le Grand Dictionnaire Encyclopédique Larousse 2, c'est la « doctrine qui préconise l'établissement
et le développement de pays dépendants considérés comme sources de richesse et de puissance pour la
nation qui les possède ». C'est le « résultat de la différence de développement économique entre pays de
cultures le plus souvent très dissemblables et fortement inégaux aux plans technologique et militaire. Le
colonialisme aboutit à l'asservissement d'un pays par un autre, à sa dépendance politique et surtout à sa
mise en compte réglée au plan économique. Au XIXe siècle le colonialisme a été le complément
indispensable de la naissance du capitalisme, qui a conditionné le développement industriel des pays
européens. » Des facteurs culturels et religieux ont joué également dans la mesure où, pour le
christianisme, l’homme doit se « soumettre » la terre, l’Église ayant toujours prôné la conquête
idéologique sous forme de croisades ou de missions. Une des justifications avancées par les partisans de
ce qui allait devenir le colonialisme était la guerre contre l’esclavagisme qui régnait encore en Afrique au
XIXe siècle ou contre le système des prises d’otages, le cannibalisme, l’obscurantisme, etc. On sait que la
conquête de l’Algérie, entre autres, fut légitimée par la « libération » de ces fléaux, que la présence
française promettait. L’occupation et l’exploitation du futur Congo belge donnèrent lieu à de semblables
arguments. D’une manière générale, la supériorité de la civilisation chrétienne, blanche et européenne
n’était guère mise en doute, le pouvoir politique et militaire collaborant avec le clergé et les milieux
économiques, les précédant, les favorisant ou, au contraire, tirant profit de leur antériorité.
Victor Hugo lui-même, dont l’engagement humanitaire et la philanthropie étaient au-dessus de tout
soupçon et a qui jeté son immense prestige dans la lutte pour l’abolition de l’esclavage aux États-Unis 3,
n’échappait pas aux effets pervers de la mentalité colonialiste. Dans son Discours sur l’Afrique, tenu à
Paris le 18 mai 1879 lors d’un banquet commémoratif de l’abolition en France, il expose sa pensée à ce
sujet. On y trouve certaines des idées convenues de son temps, comme : « l’Afrique n’a pas d’histoire ».
Le « flamboiement tropical » est « absolu dans l’horreur ». La liberté, bien le plus précieux pour
l’homme, selon le républicain français, le noir n’avait pas su la conquérir lui-même ; c’est le blanc, en
l’occurrence Victor Schoelcher 4, qui l’a offerte à la race noire au nom de la race blanche. Ce qui donne
lieu à ces considérations :
« Il me semble que voir l’Afrique, ce soit être aveuglé. Un excès de soleil est un excès de nuit. […] Déjà,
les deux peuples civilisateurs, la France et l’Angleterre, ont saisi l’Afrique ; la France la tient par l’ouest
et par le nord, l’Angleterre la tient par l’est et par le midi. Voici que l’Italie accepte sa part de ce travail
colossal. L’Amérique joint ses efforts aux nôtres ; car l’unité des peuples se révèle en tout ; l’Afrique
importe à l’univers ; une telle suppression de mouvement et de circulation entrave la vie universelle, et la
marche humaine ne peut s’accommoder plus longtemps d’un cinquième du globe paralysé. Les hardis
pionniers se sont risqués, et, dès leurs premiers pas, ce sol étrange est apparu réel ; ces paysages
lunaires deviennent des paysages terrestres ; la France est prête à y apporter une mer ; cette Afrique
farouche n’a que deux aspects : peuplée, c’est la barbarie, déserte, c’est la sauvagerie, mais elle ne se
1 Cet article concerne avant tout la zone subsaharienne ; pour le Maghreb, certains problèmes se poseraient en d’autres termes.
2 Vol. III, Paris, 1982, p. 1389.
3 Voir F. Wilhelm, « 1997 Année européenne contre le racisme. Victor Hugo et la lutte antiesclavagiste aux États-Unis
d'Amérique. Son combat voltairien pour la réhabilitation de John Brown », Récré 13, Diekirch, 1997, pp. 159-186.
4 Auteur principal du décret de 1848 abolissant l’esclavage dans les colonies françaises, le décret étant signé par le ministre de la
Marine, Emmanuel Arago, fils du savant.
2
dérobe plus […] Au dix-neuvième siècle, le blanc a fait du noir un homme ; au vingtième siècle, l’Europe
fera de l’Afrique un monde.
Refaire une Afrique nouvelle, rendre la vieille Afrique maniable à la civilisation, tel est le problème.
L’Europe le résoudra.
Allez, Peuples ! emparez-vous de cette terre. Prenez-la. À qui ? à personne. Dieu offre l’Afrique à
l’Europe. Prenez-la. Où les rois apporteraient la guerre, apportez la concorde. Prenez-la, non pour le
canon, mais pour la charrue ; non pour le sabre, mais pour le commerce ; non pour la bataille, mais
pour l’industrie ; non pour la conquête, mais pour la fraternité. Versez votre trop-plein dans cette
Afrique, et du même coup résolvez vos questions sociales, changez vos prolétaires en propriétaires ;
allez, faites ! faites des routes, faites des ports, faites des villes ; croissez, cultivez, colonisez, multipliez ;
et que, sur cette terre, de plus en plus dégagée des prêtres et des princes, l’Esprit divin s’affirme par la
paix et l’Esprit humain par la liberté ! » 5
Pour la IIIe République française, qui connaîtra grâce aux colonies et protectorats la plus grande extension
territoriale de l’histoire de France, voilà un texte véritablement fondateur. Texte cependant curieux,
puisque le très anticlérical et antimonarchiste patriarche des lettres françaises se réfère nettement au
contexte biblique et ne fait mystère de sa foi. Dieu soutient l’homme blanc dans ses efforts pour rendre la
terre vivable. Même s’il méconnaît totalement la portée des cultures africaines, les traditions ethniques,
les données religieuses locales, on peut dire à la décharge de l’auteur des Misérables qu’il a toujours cru,
même aux moments où la liberté était le plus menacée, au principe de l’évolution du monde en direction
du Bien, ce que la Légende des Siècles était censée expliquer. Que des hommes d’un autre continent, issus
d’une autre pensée, aux modes de vie ancestraux diamétralement opposés à la conception européenne,
n’aient pas cette vision du temps, du devenir, de la société, ne semble pas avoir effleuré l’esprit de Hugo.
Bien que l’Afrique soit privée d’histoire, à son avis, il ne se rend pas compte que les notions d’avancée,
de progrès orienté vers un mieux, donc de lutte dialectique entre des principes contraires, ne fait pas
partie de la sensibilité africaine. Il ne voit pas que la valeur suprême, pour les noirs, n’est pas de toujours
tendre vers une amélioration ou un changement, mais plutôt de vivre en accord avec leur environnement
et leurs traditions tribales, bref que la culture, pour eux, consiste à reproduire des structures et des rites
immuables, jamais remis en question rationnellement. Cela dit, le « colonialisme » pacifique de Hugo qui
mise sur le travail de conviction et non sur la contrainte, ne consiste pas à préconiser l’exploitation des
noirs par la violence physique et l’asservissement brutal, mais plutôt à les mettre dans l’état de liberté qui
leur permette de participer d’eux-mêmes aux bienfaits de la civilisation blanche. C’est, en dépit d’une
certaine générosité, une attitude qui fait des noirs des assistés : un déni d’autonomie et de confiance.
En 1879, Hugo ne pouvait pas savoir qu’il y aurait en 1885 – année de sa mort – un État indépendant du
Congo. Mais, au moment de son Discours, en 1879, la conquête belge était lancée, puisque dès 1878,
Léopold II de Belgique, le souverain qui avait expulsé Victor Hugo de son royaume en 1870 parce que
celui-ci y avait offert l’asile politique aux communards poursuivis à Paris, avait embauché l’aventurier
Stanley pour explorer l’Afrique centrale. En 1877 ce roi, qui réalisa une partie de ce que Hugo avait
appelé de ses voeux, déclarait à un correspondant belge qu’il ne voulait pas laisser échapper « l’occasion
de nous procurer une part de ce magnifique gâteau africain ».6 On sait que cela amena ce monarque
« visionnaire » et glouton à s’accaparer à titre personnel d’un dixième de la surface de la colonie, huit fois
plus grand que son royaume en Europe. Il tirait une partie de ses revenus faramineux des plantations de
caoutchouc où les noirs étaient sévèrement exploités, mutilés en guise de sanction disciplinaire, voire
décimés par une recherche maximale du profit. Il n’a jamais mis les pieds en Afrique, Victor Hugo non
plus.
Au début du XXe siècle, les choses avaient considérablement « progressé » au Congo. Selon le
Dictionnaire alphabétique et analogique de la Langue française par Paul Robert 7, le terme colonialisme,
apparu vers 1910, de sens péjoratif et utilisé par les adversaires de la colonisation, désigne simplement un
« système d'expansion coloniale ». La définition du terme devient plus précise quand on consulte des
publications tiers-mondistes, généralement inspirées par la gauche. C’est ainsi qu’à l'occasion des fêtes
5 Actes et Paroles IV, 1879, OEuvres complètes. Politique, Paris, Robert Laffont, collection « Bouquins », 1985, pp. 1009-1012.
6 Voir le catalogue « Notre Congo / Onze Kongo » La propagande coloniale belge : fragments pour une étude critique,
Bruxelles, 2000, p. 12.
7 T. I, Paris, 1953, p. 825
3
commémoratives de 150 ans d'indépendance grand-ducale en 1989, la revue luxembourgeoise
Brennpunkt drëtt Welt, se penche sur le problème des « 150 ans de colonialisme » luxembourgeois. Le
colonialisme y est défini comme une idéologie qui repose sur le principe de l'inégalité, par conséquent de
la supériorité de certains groupes humains (firmes, États, groupements religieux). Il a presque toujours
partie liée avec le racisme, car les tenants et théoriciens du colonialisme vivaient dans l'idée que les
Européens ou les occidentaux étaient supérieurs aux peuplades noires ou indiennes qu'ils rencontraient. Il
en découlait la pratique d'appropriation des terrains indigènes, en vertu du principe de « res nullius »,
comme Victor Hugo l’expliquait en des termes presque identiques.
Il fut un temps où cette mentalité semblait la seule attitude possible dans les relations entre nations dites
civilisées et peuples supposés sauvages. Dans ce contexte, on peut se demander si le Grand-Duché a des
responsabilités dans le processus de la colonisation du Congo. De nombreux compatriotes ont participé à
l’exploitation / à la mise en valeur – le lecteur choisira le terme en fonction de ses convictions tiersmondistes
ou colonialistes – des richesses de l’Afrique centrale. L’État luxembourgeois n’y était pas
directement engagé comme la Belgique, devenue en 1908 propriétaire de l’immense territoire conquis par
Léopold II et déguisé d’abord en État indépendant du Congo. Mais l’Union belgo-luxembourgeoise
(1923) signée par les deux pays prévoyait que les Luxembourgeois désirant entrer dans l’administration
coloniale pourraient le faire au même titre que les Belges, en passant par l’École royale coloniale de
Bruxelles, l’Université coloniale à Anvers ou l’École et Institut de médecine tropicale à Anvers. Le
Gouvernement luxembourgeois n’est donc pas complètement dédouané dans cette affaire, même si,
depuis, il s’implique très positivement et de plus en plus dans les projets de coopération menés
conjointement avec diverses organisations humanitaires non-gouvernementales.
L’historiographie africaniste
On sait, à propos des pays voisins du Grand-Duché, à quel point la prise en compte de certains chapitres
de l’histoire nationale peut être douloureuse. La guerre d’Algérie et son cortège d’exactions et de tortures
à assumer en fournissent un bel exemple pour la France. Sans que le Grand-Duché ait rien de pareil à se
reprocher comme communauté nationale face au colonialisme, certains de ses ressortissants ont pu être
impliqués dans des situations humainement indéfendables quand on les apprécie avec les critères de
tolérance et de démocratie généralement admis aujourd’hui. Or, de la présence coloniale luxembourgeoise
au Congo ou ailleurs, il est peu question officiellement. Quarante ans après la décolonisation, le recul
semble assez grand pour parler de ce sujet délicat en raison de son caractère politique et racial.
Plusieurs initiatives récentes indiquent que les mentalités semblent en train d’évoluer, dans notre pays.
Ainsi, la revue Hémecht a publié en 2000 un article de Marc Thiel, professeur d’histoire, basé sur des
entretiens réalisés avec d’anciens « coloniaux » luxembourgeois, précédé de l’historique du Congo belge.
On notera par exemple que, dès les premières explorations belges en Afrique, des Grand-Ducaux y
participèrent à titre individuel, comme l’officier Nicolas Grang, premier compatriote à partir au Congo,
collaborateur du célèbre Stanley. Que le ministre d’État Pierre Dupong, président du Gouvernement
luxembourgeois, fit une visite au Congo en janvier 1953. Ou encore qu’il y eut des missionnaires
luxembourgeois assassinés lors de la rébellion des Simbas, en 1964. Pour ce qui est des Luxembourgeois
engagés au Congo, on voudrait bien en apprendre davantage sur leur nombre, leurs occupations,
notamment pour les personnes présentes à titre privé, ce qui ne laisse guère de traces au niveau
administratif. Pour les ordres religieux, du moins, il doit être possible d’obtenir des profils de carrières,
des statistiques, d’autant plus que l’activité missionnaire s’est poursuivie après les indépendances.
L’échantillon de personnes – dix-sept - interrogées pour les besoins de l’enquête est assez vaste et touche
beaucoup de secteurs d’activités. Les réponses données ne semblent pas « frisées » et font preuve, parfois,
d’un certain courage et toujours de bonne foi. Les principaux thèmes abordés sont : l’activité
professionnelle, la première impression du Congo, les motifs du départ, le voyage, les relations avec les
noirs (les boys, notamment), l’une ou l’autre anecdote, la vie privée, les relations avec les autres blancs,
les maladies, les langues indigènes parlées, les opinions sur la colonisation, la ségrégation raciale, le
jugement de chacun sur sa propre expérience, le personnel politique congolais, les dangers encourus, le
travail de l’administrateur colonial, la chicotte, le « Bula Matari » (le « train blanc » dont le réseau avait
été construit par le Luxembourgeois Nicolas Cito), la vie en brousse, les raisons du retour, la perception
des coloniaux dans la métropole, la réinsertion dans la société luxembourgeoise, etc. Une déclaration, en
particulier, mérite considération, celle d’un missionnaire, le Père J. St. Il avoue que les religieux étaient
utilisés comme « police culturelle » par le régime et que la colonisation, entre 1880 et 1920, a coûté la vie
4
directement ou indirectement à quelque vingt millions de noirs ! Un discours réaliste et lucide, qui détone
au milieu de la conjuration du silence qui entoure généralement cette époque.
Du 6 avril au 13 mai 2001 a eu lieu au Centre de Documentation des Migrations humaines à la Gare-
Usines de Dudelange l’exposition Notre Congo. Les documents exposés – publicités, journaux, imprimés
officiels, plaquettes de présentation, cartes postales illustrées, affiches, littérature touristique, textes de
légitimation, cartes topographiques, emballages de produits coloniaux, ouvrages techniques – révélaient
les détours de la propagande coloniale et le fonctionnement du discours idéologique. Tributaire autant des
fluctuations de la scène politique belge que des problèmes sociaux sur place, la pratique colonialiste a
d’ailleurs varié de la fin du XIXe siècle aux années 1950. La « Trinité coloniale » (État, Église,
Économie) laisse un stock insoupçonné d’images à décrypter, relatives aux mentalités collectives. Toute
l’histoire de la Belgique, État faussement unitaire, y passe, avec l’opposition entre catholiques et libéraux,
Flamands et Wallons, droite et gauche, nationalistes et tiers-mondistes. Organisée à partir de Bruxelles,
pour un public belge, cette exposition n’évoquait pas du tout le Grand-Duché ou ses habitants par rapport
au Congo. Certains documents, toutefois, trahissaient le lien avec notre pays. Ainsi, les couvertures de
L’Illustration congolaise du 1er février 1930 ou du 1er novembre 1934 indiquent que le prix de ce
périodique était de 4,50 francs en Belgique et en Luxembourg, ce qui prouve qu’il avait aussi un lectorat
grand-ducal.
Dans le cadre de cette exposition, les responsables du périodique Forum invitaient le 10 mai 2001 à une
table ronde à la Bibliothèque nationale sur le thème de la colonisation du Congo. Y participaient Marc
Thiel et Jean-Pierre Jacquemin – un des auteurs tiers-mondistes de l’exposition et de son catalogue - sous
la direction de Michel Pauly. La manifestation n’a pas été très bien relayée par la presse. Signe révélateur
du malaise que continue de susciter le passé africain ?
Au mois d’avril 2001, la station de télévision Uelzecht Kanal, animée par le Lycée de Garçons d’Eschsur-
Alzette, a diffusé un reportage réalisé par les élèves à partir de documents mis à leur disposition par
des membres de la famille Tasch. Ces Luxembourgeois, originaires de la région de Mondorf, exploitaient
une entreprise d’élevage industriel dans le Katanga et ont dû tout quitter au moment de la révolte des
soldats congolais contre la présence des blancs, révolte qui allait déboucher sur la proclamation de la
République (indépendante) du Congo, le 30 juin 1960. Ces événements mirent fin à trois quarts de siècle
de « Pax belgica » dans « la plus belle des colonies ».
Le 23 avril 2001, Paul Kieffer et Marc Thiel ont présenté au ciné Utopia à Luxmbourg leur documentaire
vidéo Ech war am Congo … Produit par le Centre national de l’audiovisuel (Dudelange) à partir de
témoignages filmiques d’anciens coloniaux luxembourgeois, ce montage d’archives se compose d’images
tournées en Afrique par les témoins eux-mêmes et d’entretiens réalisés avec eux spécialement à cette
occasion et reproduits partiellement dans l’article précité. Des centaines de compatriotes ont oeuvré au
Congo entre 1880 et 1960. Voici donc des témoignages oraux, subjectifs, qui varient en fonction de la
personne concernée : ingénieur, missionnaire, exploitant agricole, agent territorial, commerçant,
industriel, membre d’une profession (para)médicale, conjointe, etc. Beaucoup ont découvert la colonie
après la Seconde Guerre mondiale, quand le pays mère s’efforçait d’humaniser quelque peu le régime et
tentait d’attirer de nouveaux coloniaux en publiant des offres d’emploi jusque dans les journaux grandducaux,
tout en négligeant de former une élite sociale indigène. L’initiative du CNA était courageuse et
digne d’intérêt, mais limitée en raison du matériel iconographique disponible. D’autre part, certaines des
personnes ayant accepté de parler à l’historien de leur expérience congolaise ne voient aucune raison de
se remettre personnellement en cause, le séjour en Afrique leur apparaissant comme une aventure
enrichissante pour elles, ne leur inspirant pas de sentiment de repentance. Excepté tel missionnaire qui,
rétrospectivement, voit les choses d’un oeil beaucoup plus critique et s’interroge sur le bien-fondé de
l’intervention européenne en Afrique. Ce documentaire, qui comprend assez peu de commentaires
historiques ou de gloses scientifiques, est une première étape capitale dans la prise de conscience du
phénomène du colonialisme et de ses répercussions dans l’imaginaire collectif luxembourgeois.
Cet imaginaire était nourri par l’Église, qui organisait des collectes au profit des « petits païens »
(Hedekënnercher) de ses missions africaines. La présence des Pères blancs à Marienthal, avec leur musée
colonial, suscitait aussi la curiosité, relayée par la diffusion relativement importante de la revue
germanophone Heimat + Mission éditée depuis 1926 par les prêtres du Sacré-Coeur de Jésus du couvent
de Clairefontaine. Des phénomènes de culture populaire, comme l’impact de l’album de Tintin, dont il est
5
question ailleurs dans cet article, certaines publicités ou des chansons 8 ont également marqué les
sensibilités, sans parler de la présence dans la société luxembourgeoise d’un certain nombre d’Africains
issus du Congo, en attendant les noirs plus nombreux en provenance de l’Angola portugais ou du Cap
Vert. Cette immigration n’a pas donné lieu à une vague d’africanophilie, certes, mais n’a pas non plus,
heureusement, suscité de réaction violente de rejet.
Comme source d’information sur la présence luxembourgeoise au Congo, il y a aussi des publications
économiques, par exemple les reportages – la plupart en allemand 9, certains en français - de Carlo
Hemmer (1913-1988). Ce journaliste et écrivain, qui fut secrétaire de la Fédération des industriels
luxembourgeois, puis directeur de la Chambre de Commerce luxembourgeoise, a fait de nombreux
voyages dans la colonie belge dans les années 1950 et 1960 et en a publié des comptes rendus dans son
Letzeburger Land et dans L’Écho de l’Industrie. L’économiste qu’il était s’intéressait aux questions
matérielles, sans négliger les aspects humains : « Grâce à Sabena le Congo est à moins d’une journée de
voyage de Bruxelles. Dix-sept heures de trajet seulement séparent l’homme d’affaires d’un des débouchés
les plus avides du monde, le chasseur de la réserve de gros gibier la plus riche, l’aventurier d’un pays qui
a conservé inaltérées des sources de grandes émotions. » 10 Le fondateur du Land réfléchit au sujet de
l’image de marque des firmes européennes en Afrique centrale, parfaitement conscient que le public visé
engendre différents types de campagnes publicitaires : « Des journaux spéciaux existent à l’intention de la
population indigène, laquelle compte une très forte proportion d’analphabètes, surtout en milieu rural. La
presse qui s’adresse à la population blanche n’est lue que par une minorité d’évolués indigènes. Les salles
de cinéma, où des films et des diapositives publicitaires peuvent être projetés, ne sont pas les mêmes pour
les Européens et pour les indigènes. Des affiches spéciales sont destinées à la masse des consommateurs
indigènes très nombreux, mais au pouvoir d’achat individuel généralement très bas. D’ailleurs, la
publicité s’adressant au milieu indigène obéit à des règles psychologiques particulières. » 11 Le marché
africain lui inspire des idées sur « les exportations luxembourgeoises vers le Congo belge », en 1956. Ce
témoin indirect, mais capital 12 de la présence luxembourgeoise dans la colonie belge aime insister sur
l’idée de l’Afrique comme terre de contrastes, intitulant une série d’articles : « Kongoreise. Gletscher am
Äquator » (1956). 13
Enfin, pour une vision d’ensemble, il faudrait étudier les échos publiés dans le Bulletin du Cercle colonial
luxembourgeois : au moins, ces textes ont le mérite de parler un langage sans équivoque, leurs auteurs
étant généralement des coloniaux sans états d’âme.
Littératures africanistes francophones
Depuis une quinzaine d’années, des séminaires de recherche dans des universités françaises, belges,
allemandes, etc., se proposent d’étudier l’écho du colonialisme dans les différents genres littéraires, y
compris des genres peu reconnus, peu « nobles » : littérature populaire, publicité, films de propagande,
cinéma de fiction 14, chansons, bandes dessinées. Ces « produits » révèlent des conduites sociales latentes,
des préjugés, des relents racistes ou xénophobes. Souvent, d’ailleurs, sous des airs anodins. Le Y a bon
Banania, célèbre slogan vantant une boisson chocolatée, n’est assurément pas bien méchant, mais
témoigne tout de même du paternalisme amusé de l’Européen face à l’Africain bon enfant, un peu niais.
Le chocolat Côte d’Or avec son éléphant barrissant (« depuis 1883 ») est une des trouvailles les plus
originales de la « culture » belge 15, mais n’en reste pas moins entaché de la suspicion de colonialisme.
Jean-François Durand, responsable du Centre d’étude du XXe siècle de l’Université Paul-Valéry
Montpellier III, vient de coordonner la publication de trois volumes de Regards sur les Littératures
8 Par exemple D’Mourekand, de Putty Stein, ou Manÿla, de Louis Petit.
9 Voir Kongoreise, Luxembourg, Land-Verlag, 1956.
10 « Regards (trop) rapides sur le Congo », L’Écho de l’Industrie, 1951-1952 (dossier constitué de coupures réunies par C.
Hemmer, aimablement mis à ma disposition par mon collègue Jean-Claude Asselborn, des Amis de Carlo Hemmer).
11 « Le marché congolais. VII. La publicité », s. l., s. d. Dossier aimablement mis à ma disposition par J.-Cl. Asselborn.
12 Voir Hugues Schaffner, « À la mémoire de Carlo Hemmer. Sa bibliographie », Carlo Hemmer. Säi Liewen – Säi Wierk – Sein
Leben – Sein Werk – Sa vie – Son oeuvre, Luxembourg, éd. par les Amis de Carlo Hemmer, 1991, pp. 217-287.
13 Une cinquantaine d’années plus tôt, un autre journaliste luxembourgeois, Prosper Mullendorff, avait publié ses propres carnets
de voyage sous le titre de Ost-Afrika im Aufstieg (Essen, Baedeker, 1910).
14 Parmi des centaines de longs métrages qui ont comme sujet la vie dans les colonies africaines, signalons Les Caprices d’un
fleuve (1996) de et avec Bernard Giraudeau, qui plaide avec sensualité contre l’absurdité du racisme. A SUIVRE .... sur
http://www.interfrancophonies.org/regards.pdf

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